http://electronicintifada.net/v2/article10701.shtml
Jonathan Cook,
The Electronic Intifada, 10 août 2009
Un couple arabe dont la petite fille âgée d’un an a été expulsée d’une crèche israélienne dès le premier jour de sa venue poursuit en
justice une mère juive pour dommages et intérêts, l’accusant d’incitation au racisme contre leur enfant.
Maysa et Shuaa Zuabi, du village de Sulam au nord d’Israël, ont
lancé la semaine dernière une action en justice disant qu’ils avaient été « choqués et humiliés » quand la propriétaire de la crèche leur a dit que six parents juifs exigeaient le
retrait de leur fille parce qu’elle était arabe.
Dans cette première action légale du genre en Israël, les Zuabis réclament $80.000 à Neta Kadshai qu’ils accusent d’être la
meneuse.
On a appris que Dana, la petite fille, était le premier enfant arabe à fréquenter la crèche dans la communauté juive rurale de
Merhavia, à moins d’un km de Sulam.
Néanmoins, les avocats des droits humains disent que, vu le champ étroit de la législation anti-raciste en Israël, les chances de
succès pour les Zuabis est faible.
Depuis sa fondation en 1948, Israël a mis en place un système d’éducation de ségrégation pratiquement complet entre Juifs et Arabes.
Cependant le sous-financement chronique des écoles arabes signifie qu’un petit nombre, mais en augmentation, de parents arabes ont essayé de déplacer leurs enfants dans le système
juif.
Dans le cas de Dana, elle avait été admise à la crèche en décembre dernier après que sa propriétaire, Ivon Grinwald ait annoncé au
couple qu’il y avait une place vacante. Cependant, le premier jour, six parents menacèrent de retirer leurs propres enfants de la crèche si on ne la retirait pas.
On dit que surtout Kadshai avait mené une campagne « d’insultes et d’efforts destinés à ce que Dana soit retirée de la crèche, en
indiquant clairement que ses enfants ne seraient pas dans la même crèche qu’une petite fille arabe ». Zuabi avait été convoqué le même soir à une réunion dans laquelle Grinwald lui a dit
qu’elle ne pouvait pas se permettre de perdre six enfants. Elle lui rendit le contrat qu’il avait signé et les avances qu’il avait payées.
Zuabi a dit que pendant qu’il était dans le bureau, Grinwald avait reçu un coup de fil de Kadshai disant de nouveau du mal de Dana et
exigeant son retrait.
Grinwald a refusé de parler aux médias la semaine dernière. Cependant, en décembre dernier, quand les Zuabis s’étaient plaints, elle
expliqua à la Radio de l’armée : « Les parents (juifs) l’ont appelée une fille « du secteur (arabe), » ils ont dit que c’était une crèche de jour pour enfants juifs et que
cela devait rester ainsi…Je ne sais pas changer le monde, je dois veiller à mes moyens d’existence. »
Bien que Israël n’ait pas de constitution, l’avocat des Zuabis, Dori Kaspi, poursuit Kadshai sur la base de la loi fondamentale de
1992 sur la liberté et la dignité humaines, la législation israélienne la plus proche d’une loi de droits.
Dans des cas précédents, quand des enfants arabes étaient exclus d’écoles, les parents avaient lancé une action légale pour
discrimination contre les autorités scolaires ou l’école elle-même.
Les avocats doutent que le couple puisse gagner vu l’absence dans la loi de références aux principes d’égalité et d’égales
opportunités. Un avocat qui ne désirait pas être nommé a dit : « Des cas comme celui-ci ne sont pas couverts par des lois contre la discrimination. La législation anti-discriminatoire
israélienne est très spécifique, couvrant principalement des exemples de discrimination dans l’emploi ou l’accès à des lieux publics comme des bars et des clubs. » Et même dans
ces cas, a-t-il ajouté, l’application est très laxiste.
Les cas d’enfants arabes refusés dans les jardins d’enfants et les écoles primaires sont devenus plus communs ces dernières années,
surtout dans la poignée de villes mixtes du pays.
Yousef Jabareen, qui est à la tête de Dirasat, une organisation basée à Nazareth qui surveille les questions d’éducation, a dit que si
des parents essayaient de changer leurs enfants vers des écoles juives, c’était à cause des conditions médiocres dans les institutions d’éducation arabe.
« Bien qu’il s’agisse d’une réaction compréhensible, c’est une source d’inquiétude, » a-t-il dit. « Dans les écoles
juives, les enfants arabes n’apprennent pas leur langue, leur culture ou leur histoire. On doit sacrifier leur identité arabe pour qu’ils puissent avoir une éducation
décente ».
Un rapport publié en mars a révélé que le gouvernement investissait $1.000 dans l’éducation de chaque élève juif pour $190 pour chaque
élève arabe. Le fossé est même plus large quand on le compare aux écoles populaires religieuses dirigées par l’état, où les élèves juifs reçoivent neuf fois plus de financement que les élèves
arabes.
Il y a aussi officiellement un nombre insuffisant de mille classes pour des enfants arabes, a dit Jabareen, mais les
organisations arabes pensent que le problème est en réalité pire. De plus une proportion significative de bâtiments scolaires arabes existants a été jugée peu sûre et dangereuses pour la santé
des enfants.
Dans certaines parties du pays où des écoles religieuses privées sont accessibles, en particulier à
Nazareth et à Haïfa, des parents arabes tournent le dos au système géré par l’état, dit Jabareen. On dit que deux tiers des 7.500 élèves arabes dans la ville mixte du nord ,Haïfa, par
exemple, fréquentent des écoles privées, malgré le haut niveau de pauvreté dans la population.
En septembre dernier, le Centre légal Adalah pour la minorité arabe d’Israël a forcé la municipalité de la ville mixte de Ramle, près
de Tel Aviv, à enregistrer un garçon arabe dans un jardin d’enfants proche de sa maison. Le maire, Yoel Lavi avait préalablement dit aux parents du garçon qu’il ne pouvait pas être admis parce
qu’il était arabe et que le jardin d’enfants était uniquement destiné à des enfants juifs.
Jabareen a dit qu’il favorisait des écoles binationales et bilingues dans lesquelles des enfants juifs et arabes pouvaient
se rencontrer et étudier comme égaux. Néanmoins l’état n’offrait pas de telles écoles aux parents.
Quatre écoles primaires bilingues accueillant des enfants arabes et juifs ont été créées par le privé. Israël n’a pas d’écoles
secondaires mixtes.
Mike Prashker, directeur de Merchavim, une organisation plaidant pour une citoyenneté partagée en Israël a dit récemment au journal
Haaretz : La réalité israélienne de systèmes d’ éducation ségrégués crée l’ignorance et la peur de « l’autre ».
Un sondage effectué par l’Université de Haïfa a montré que les trois-quarts des élèves juifs considéraient les Arabes comme « non
éduqués, non civilisés et sales » ; Une enquête récente de Merchavim a découvert que la ségrégation parmi les élèves était le reflet de la ségrégation parmi les enseignants. Malgré +/-
8.000 enseignants arabes enregistrés comme chômeurs par le ministère de l’Education, seuls quelques douzaines travaillent dans des écoles juives, enseignant surtout l’arabe, même si le système
juif souffre d’un manque d’enseignants.
L’ancienne ministre de l’Education, adepte du compromis, a installé l’an dernier un comité public pour développer pour la première
fois une politique de « vie partagée » pour les écoles juives et arabes.
Le nouveau gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu a annoncé qu’il gelait le rapport en avril.
Jonathan Cook est un auteur et un
journaliste basé à Nazareth, Israël. Ses derniers livres sont Israel and the
Clash of Civilisations: Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) (Israël et le choc des civilisations: Irak, Iran et le plan pour refaire le Moyen-Orient et Disappearing Palestine: Israel's Experiments in Human Despair (Zed Books) (La Palestine en voie de disparition : les expériences israéliennes en désespoir
humain) . Son site est : www.jkcook.net .